Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 09:38

À mi-chemin entre le Premier Quartier et la Pleine Lune, au dixième jour de la lunaison, il est facile de repérer et d’admirer la mer des Pluies. Ce grand bassin d’impact dans l’hémisphère Nord, inondé autrefois par d’immenses coulées de lave, est un régal pour l’observation subtile des jeux d’ombre et de lumière solaire. Au nord-ouest du bassin s’ouvre Sinus Iridium, le golfe des Iris. Quand le Soleil se lève et que cette formation se fond dans l’obscurité, les montagnes alentour s’illuminent et leurs sommets dessinent une rivière de diamants. Une pure merveille… Au bord occidental de ce demi-cratère, les cartes désignent une structure baptisée “promontoire d’Héraclide” qui, certains soirs et si la libration le permet, se montre sous la forme d’un visage de femme, vue de profil et avec de longs cheveux ondoyants, qui contemple la grisaille de la morne mer des Pluies.

C’est là, en principe avant la fin de l’année, qu’un rover va sonner les premières notes du débarquement des ambitieux projets de la République populaire de Chine sur la Lune. Il devrait parcourir quelques kilomètres dans le régolite et transmettre les images du site. Plus loin, à 50 km au sud-ouest, gît la carcasse du premier Lunokhod soviétique. Un robot télécommandé depuis la Terre, qui a parcouru en 1970 plus de 10 km à la surface de notre satellite naturel, et fourni des milliers d’images et de panoramas. Depuis Luna 24 et son retour d’échantillons six ans plus tard, aucun engin ne s’est plus jamais posé au sol…

Quelques décennies de silence et une révolution de l’information numérique plus tard, l’initiative chinoise peut paraître d’arrière-garde. C’est tout le contraire qui doit d’arriver. En trente-sept ans, la qualité des images est sans commune mesure avec l’iconographie pixélisée en noir et blanc de la guerre froide. En quelques secondes et quelques clics, des paysages couleur en haute définition peuvent s’imposer sur tous les réseaux de la planète. L’Empire du Milieu le sait et compte bien frapper les esprits en diffusant sur nos écrans interconnectés des vues “modernes” de ces paysages extraterrestres.

La Lune avec les yeux du XXIe siècle : voilà une révolution ! Sans réelle concurrence (la Russie est velléitaire et les États-Unis sont en panne de vision), la balade sélène de la Chine dans le golfe des Iris s’inscrira alors dans un récit légendaire. Une femme mystérieuse à la longue chevelure, la Lune réfléchissante comme un miroir, et cette question lancinante : “Y a-t-il quelqu’un de plus puissant que moi” ?

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

La Lune voit rouge, numéro de novembre

La Lune voit rouge, numéro de novembre

En kiosque et téléchargeable en kiosque numérique : on peut commander la version papier ou télécharger la version numérique.

La version numérique est enrichie des liens vers les podcasts audio.

Ecoutez les podcasts sur l'Univers.

Découvrez Macrocosme

25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 07:31
La distance des étoiles, l'édito d'Alain Cirou

“Ce qui est admirable, ce n’est pas que le champ des étoiles soit si vaste, c’est que l’homme l’ait mesuré”, écrivait Anatole France. Il n’est pas une nuit d’été où, visitant un site d’observation des Nuits des étoiles, une frange de public curieux s’interroge sur la façon dont les astronomes ont arpenté le ciel, depuis la Lune jusqu’aux galaxies les plus distantes de l’Univers. La question reprend souvent l’image du moyen mnémotechnique le plus marquant, utilisé par les vulgarisateurs pour parler de la profondeur des gouffres cosmiques : est-il vrai que nombre d’étoiles visibles dans le ciel sont déjà mortes ? La réponse, idéale pour l’animation de la soirée, a la forme d’une joyeuse matriochka. Cette poupée russe en bois s’ouvre en deux et révèle à l’intérieur, emboitées les unes dans les autres, une série de figurines toujours plus petites, à l’image d’un questionnement sans fin.

Il faut dire que d’Hipparque à Gaia, le fil de l’histoire court sur plus de deux millénaires. Le premier, astronome et mathématicien grec au IIe siècle av. J.-C., a découvert la précession des équinoxes, inventé l’astrolabe, dressé l’un des premiers catalogues d’étoiles, et amélioré l’évaluation de la distance Terre-Lune à partir de l’observation des éclipses. Le second est un satellite de l’ESA qui prendra son envol à l’automne, pour cartographier en 3D pas moins d’un milliard d’étoiles de notre sphère galactique proche.

De la précision de Gaia, digne successeur d’Hipparcos, dépend toute une série de mesures fondamentales pour l’astrophysique et la cosmologie. Les mouvements des étoiles ; la dynamique de la Galaxie ; la distribution de la matière noire et de nouvelles vérifications de la théorie de la relativité générale… La nuit risque d’être trop courte pour dérouler le fil d’Ariane des distances dans l’Univers !

Il n’en reste pas moins que cette histoire, mêlant les arpenteurs du monde à ceux des luminaires célestes, est aussi celle d’une quête sans fin. Mesurer l’espace entre les étoiles, puis en projeter la trame mouvante aux lointaines galaxies, est comme lire l’heure sur la montre molle de Dali. La vision poétique de l’espace-temps, comme une forme aboutie de l’art, finit alors par l’emporter. Non, les étoiles visibles à l’œil nu ne sont pas mortes. Mais un coup d’œil avisé dans l’oculaire d’un télescope va s’empresser d’éloigner cette vérité. À bonne distance.

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

A quelle distance sont les étoiles ?

Ciel & Espace, numéro d'août

En kiosque et téléchargeable en kiosque numérique : on peut commander la version papier ou télécharger la version numérique.

La version numérique est enrichie des liens vers les podcasts audio.

Ecoutez les podcasts sur l'Univers.

Découvrez Macrocosme

Ciel & Espace
28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 07:30
Déchiffrer le code céleste ! Hors série Ciel & Espace

À première vue, le ciel nocturne ressemble à une page cryptée. On y voit des étoiles très brillantes dessiner de vagues figures et d’autres, plus discrètes, se multiplier à l’infini en un message brouillé. Il y a cette lueur blafarde qui traverse la voûte céleste de part en part, en été comme en hiver. Et puis aussi ces astres particulièrement brillants que certains appellent l’Étoile du berger ou Jupiter. Sans compter que tout ce beau monde ne se retrouve pas à la même position en fonction de l’heure ou de la saison… S’y repérer semble impossible pour qui ne possède pas les clés de ce tableau codé.

Ce sont ces clés que nous vous donnons dans ce nouveau hors-série de Ciel & Espace. Pas toutes les clés, mais celles qui ouvrent les premières portes. D’abord celles qui permettent de comprendre ce que le ciel nous montre. Les étoiles, les planètes, les nébuleuses, les galaxies ; tous ces astres, dont au moins quelques exemplaires sont visibles à l’œil nu, sont de nature et de taille diverses, et surtout à des distances très différentes. Saisir ne serait-ce que quelques-unes de leurs caractéristiques confère immédiatement à cette voûte céleste hermétique une profondeur vertigineuse.

Ensuite, il y a les clés qui permettent de trouver parmi les étoiles tous ces objets devenus un peu moins exotiques. Grâce à la carte fournie avec ce numéro, vous pouvez, où que vous soyez dans l’hémisphère Nord, quelles que soient la date et l’heure, visualiser le ciel qui scintille au-dessus de votre tête. Dans ce ciel, passent la Lune et les planètes. Et se cachent des nébuleuses, des amas d’étoiles ou des galaxies : des fiches avec des cartes précises vous permettent de découvrir les plus spectaculaires de ces astres.

Enfin, l’une des clés pour se familiariser avec le ciel se trouve… sur Terre. Elle est détenue par les autres. Tous les passionnés qui animent des clubs d’astronomie, des planétariums, des espaces de vulgarisation ou qui écrivent des livres, donnent des conférences ou encore élaborent des applications informatiques qui vous guideront via votre ordinateur et votre téléphone. Car la passion des astres est aussi un plaisir qui se partage. Un vrai livre ouvert. Tout l’inverse d’une page cryptée.

Philippe Henarejos

28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 07:23
La réalité cachée, l'édito d'Alain Cirou

Il y a très peu de temps encore — à l’échelle de quelques générations humaines — la voûte étoilée pouvait aisément s’assimiler à un rideau de théâtre antique. Lourd, sombre, percé de petits trous laissant deviner les feux de la rampe qui éclairent les acteurs, ce masque rigide dissimulait alors l’essentiel. La profondeur de la scène ; la mécanique des décors ; la mise en place de ceux qui assurent le spectacle ; tout cela relevant du secret et du mystère, ingrédients essentiels à l’entrée du public dans le monde du merveilleux.

En franchissant les limites de l’atmosphère avec des fusées, en marchant sur la Lune et en expédiant des robots à la surface d’autres planètes, la toile s’est déchirée et l’Homme — avec ses appendices technologiques — a pénétré une nouvelle dimension : celle de l’espace-temps. Ainsi, tout au long de l’été, le satellite européen Planck continuera d’observer et d’étudier l’Univers d’il y a 13,8 milliards d’années. Les télescopes spatiaux Kepler et Hubble, comme leurs homologues au sol, s’efforceront de dénicher de nouvelles planètes autour d’autres étoiles. Puisqu’il y en a partout — même autour de Proxima du Centaure, l’étoile la plus proche de nous — l’enjeu n’est plus de les découvrir, mais de caractériser cette population infinie d’astres. De fournir aux démographes exoplanétaires un premier recensement fidèle à la réalité d’une telle variété.

De la même façon, nous allons coller tout l’été, dune par dune, caillou par caillou, aux tours de roues des robots martiens. Au vieux et toujours vaillant Opportunity, qui après neuf ans de bons et loyaux services vient de découvrir les argiles les plus favorables au développement d’une vie sur la planète rouge. Et à Curiosity, la “Marsmobile” au moteur atomique, posée dans le lit d’une ancienne rivière dont les galets émoussés et les roches sédimentaires témoignent de la permanence ancienne de flots d’eau douce. Après des mois passés à fouiller un carré grand comme un stade, l’engin s’apprête à rouler vers le mont Sharp, des milliards d’yeux branchés aux signaux numériques de ses caméras…

Le rideau est tombé, mais le spectacle n’a jamais cessé. La magie du merveilleux ne s’est jamais évanouie. Au contraire. En imaginant que notre Univers n’est peut-être pas unique et que pourraient exister des mondes parallèles, l’imaginaire scientifique tisse un nouveau masque flou. Comme si la réalité ne pouvait qu’être cachée.

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

En kiosque et téléchargeable en kiosque numérique : on peut commander la version papier ou télécharger la version numérique.

La version numérique est enrichie des liens vers les podcasts audio.

Ecoutez les podcasts sur l'Univers.

Découvrez Macrocosme

25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 17:50

L’affaire peut paraître anecdotique… Elle est détaillée dans ce numéro de Ciel & Espace dans notre article “Bataille pour nommer les exoplanètes”. Résumons-la. À quelques mois de la découverte d’une millième planète tournant autour d’une autre étoile que le Soleil, l’Union astronomique internationale (UAI), souvent qualifiée d’“ONU des astronomes”, est confrontée à un problème délicat. Alors qu’elle a laissé s’installer un système de numérotation mis au point par les premiers découvreurs d’exoplanètes en 1995 — où celles-ci prennent le nom de leur étoile suivie d’une lettre en minuscule —, ses membres vont devoir se prononcer sur l’opportunité de mise en place d’un système de “noms populaires”. Des noms de personnes, d’animaux, d’objets ou même de situations et de sentiments. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le consensus de la communauté astronomique est loin d’être établi.

Pour preuve, cette initiative de scientifiques américains — qui a mis le feu aux poudres — incitant le public à proposer des noms sur un site internet, puis à voter, pour une poignée de dollars, en faveur de celui qui leur paraîtra comme le plus original. La planète 47 UMa b pouvant alors s’appeler aussi bien Newton que Beyoncé ! Immédiatement, l’UAI s’est empressée de rappeler les règles en vigueur, à savoir qu’elle est la seule compétente pour nommer les terres du ciel et que ces actes “d’état civil” ne peuvent être ni achetés ni vendus.

La Commission de la nomenclature céleste de l’UAI, actuellement présidée par le Français Alain Lecavelier, va devoir faire preuve de doigté et d’imagination pour apprécier une situation où la perception publique est très sensible. S’il y a un consensus fort pour condamner l’exploitation mercantile du sujet — des escrocs sévissent déjà sur la Toile en commercialisant des “titres de propriété” de la Lune et de Mars, ou des noms d’étoiles —, il y a aussi un énorme appétit pour les échanges et les débats, via les réseaux sociaux, sur les thèmes de sciences participatives. La recherche de planètes extrasolaires est populaire ; et elle a toujours besoin d’être soutenue. C’est sans doute là une formidable opportunité offerte à la communauté astronomique pour rappeler ses valeurs, ses principes et faire preuve d’inventivité comme d’esprit d’ouverture. En ce souvenant de ces mots d’Albert Camus : “Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.”

 

Alain Cirou

Directeur de la rédaction


cieletespace 517 couvEn kiosque et téléchargeable en kiosque numérique : on peut commander la version papier ou télécharger la version numérique.

La version numérique est enrichie des liens vers les podcasts audio.

Ecoutez les podcasts sur l'Univers.


Découvrez Macrocosme


22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 16:00

20080701_AlainC_38.jpgIl y a les probabilités… et la réalité. Le 15 février dernier, les obser­vateurs se préparaient à suivre le passage dans le ciel de l’astéroïde 2012 DA14. Très près de la Terre, à une distance inférieure à l’orbite des satellites géostationnaires. D’une cinquantaine de mètres de diamètre, ce rocher menaçant venait nous rappeler que notre planète est régu­lièrement frappée par des débris de la naissance du Système solaire. Le célèbre Meteor Crater, formé en Arizona il y a 50 000 ans, est d’ailleurs le “cratère témoin” de ces collisions récurrentes. Mais ce jour-là, le ciel n’a pas attendu la tombée de la nuit pour déclencher le spectacle…

Au petit matin, une boule de feu, des explosions et une énorme onde de choc enregistrée des centaines de kilomètres à la ronde ont semé la panique et fait plus d’un millier de blessés dans la région russe de Tcheliabinsk. Une météorite d’environ 15 à 17 m de diamètre a traversé l’atmosphère à la vitesse faramineuse de 65 000 km/h, puis s’est désintégrée au-dessus de l’Oural, dispersant quelques maigres fragments brûlants sur sa trajectoire, et en bout de course dans le lac gelé de Tchebarkoul.

L’événement est historique. Et pour la première fois, les scientifiques disposent d’observations objectives, enregistrées depuis l’espace jusqu’au sol où, grâce à des caméras de pare-brise, le monde entier a pu parta­ger la stupeur des spectateurs. Pour les astronomes, et pour la rédaction de Ciel & Espace, l’enquête ne faisait que commencer. Et elle est importante car, jusqu’à présent, il n’existe pas de modèle fiable pour prévoir la désintégra­tion d’une météorite dans l’atmosphère. Vous lirez dans ce numéro des témoignages exclusifs et découvrirez que notre atmosphère — qui équivaut à un mur d’eau de 10 m d’épaisseur — joue un rôle protecteur essentiel dans ce type d’impact avec un “petit” corps. Lequel s’est désintégré en vol, puis massivement fragmenté, au point de ne céder que quelques centaines de kilogrammes d’échantillons à l’analyse au sol.

L’événement de l’Oural marquera l’histoire contemporaine car il satisfait les exigences des saint Thomas du principe de précaution. Nous l’avons vu et pouvons le croire. Ça arrive et ça se reproduira. En conséquence, financer des programmes pour détecter, qualifier, et dans le futur dévier les montagnes de rochers les plus menaçantes, est politiquement fondé. Même si la probabilité est, en moyenne, d’une fois par siècle…

 

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

 

cieletespace_515_couv.jpgCiel & Espace, avril 2013
En kiosque et téléchargeable en kiosque numérique : on peut commander la version papier ou télécharger la version numérique.

La version numérique est enrichie des liens vers les podcasts audio.

Ecoutez les podcasts sur l'Univers.


Découvrez Macrocosme

23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 19:14

20080701_AlainC_38.jpgQuel regard un scientifique connu, et internationalement reconnu comme l'un des meilleurs de son époque, porte-t-il sur le travail des scientifiques... d'une autre discipline que la sienne ? Pour le commun des mortels, tous les scientifiques se valent. Même base de formation, même rigueur, même discipline de pensée, même méthode de publication des résultats après validation des pairs. Tous les Nobel en font la difficile expérience quand ils sont appelés à commenter indifféremment les enjeux du changement climatique, l'importance à venir des imprimantes 3D, ou encore l'impact sociétal du mariage pour tous. Leur avis personnel est immédiatement rangé dans la case "avis des scientifiques".

Mais tous les scientifiques et honnêtes hommes de ce siècle savent aussi qu'entre un biologiste, un physicien de la matière condensée et un chimiste des colorants, existent des gouffres sans ponts suspendus.

Alors, quel sens - comme nous le présentons dans ce numéro - peut bien avoir l'avis d'un mathématicien sur les travaux des astrophysiciens et des cosmologistes ?

Il suffit de se souvenir à quel point il est miraculeux de partir vers la Lune, à bord d'une capsule, et de faire confiance aux équations de Newton - comme à une formule magique - pour freiner au bon moment et se placer sur orbite, grâce à l'attraction gravitationnelle du satellite naturel de la Terre. Ou encore, sans les voir, de décrire le nombre, les positions et les masses de planètes extrasolaires, à partir de fluctuations des courbes de lumière des étoiles. En astronomie, cette redoutable efficacité des mathématiques n'est plus à démontrer.

Aussi Cédric Villani, s'il n'est pas astronome, peut-il être vu comme un parfait critique de cette discipline. Et quand il affirme : "La matière noire et l'énergie sombre, je n'y crois pas", il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas - 96 % d'invisible, c'est beaucoup et c'est gênant ! Et si "l'imagination débordante" des astrophysiciens a nommé ces fantômes sans pouvoir les attraper, rien n'oblige un observateur extérieur à y croire.

"Croire", voilà bien le maître mot du débat et de la distance qu'impose la situation dans laquelle se trouve la cosmologie. Pour expliquer l'Univers tel que nous l'observons, il nous est demandé de croire que l'essentiel est invisible. En mathématiques, on appelle ça... un postulat. Qui reste à être démontré par beaucoup de matière grise.

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

 

cieletespace_514_couv.jpgCiel & Espace, mars 2013
En kiosque et téléchargeable en kiosque numérique : on peut commander la version papier ou télécharger la version numérique.

La version numérique est enrichie des liens vers les podcasts audio.

Ecoutez les podcasts sur l'Univers.


Découvrez Macrocosme


24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 09:33

L'annonce est pour le moins… originale ! Il y a quelques jours, à l’issue de la conférence annuelle de l’AAS (1) en Californie, l’équipe scientifique du satellite américain Kepler expliquait qu’il existe au moins 17 milliards de planètes de type terrestre dans notre galaxie. Plus exactement, l’analyse des trois premières années de données recueillies par ce “chasseur d’exoplanètes” montre que des corps rocheux, d’un diamètre compris entre une et deux fois celui de la Terre, tournent autour de 17 % des étoiles de type solaire.

L’originalité de cette déclaration réside dans le “au moins”… En effet, cette estimation, précisent-ils, n’inclut que des planètes orbitant très près de leur étoile ; à des distances inférieures au quart de l’espace séparant la Terre du Soleil. C’est-à-dire plus proches que la planète Mercure ne l’est du luminaire solaire. Là où dans notre Système à nous… il n’y a rien.

Pour le télescope Kepler, la limite est technique. En effet, cet observatoire spatial qui surveille en continu 150 000 étoiles d’une région de la constellation du Cygne peine à “voir” plus loin que les mini-éclipses provoquées par des planètes extrasolaires proches. Mais elle n’interdit pas de soupçonner qu’autour d’une étoile sur deux, cette fois, puissent circuler une ou plusieurs planètes de taille terrestre sur une orbite comparable à celle qu’occupe notre globe dans le Système solaire.

Passé l’impressionnant compte des milliards de mondes à imaginer, l’importance de l’annonce est aussi celle du passage à une ère nouvelle : celle des grands nombres, de la statistique. Comme un préfet de police incapable de distinguer sur la photo aérienne d’une manifestation, les jeunes des vieux, les hommes des femmes, ou les maigres des obèses, l’astronome ne pouvait que faire tourner le compteur des découvertes d’exoplanètes sans la possibilité de qualifier finement la population — innombrable, donc — de ces sous-produits de la formation des étoiles.

L’étape à venir sera, bien évidemment, passionnante. C’est, en agrandissant la sphère de leur détection, la possibilité d’engager une étude démographique des exoplanètes — et bientôt des exolunes — dans la Voie lactée. Avec, en corollaire, la réponse à une question fascinante : notre Système solaire est-il original ou simplement… banal ?

Au milieu de tant d’autres.

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

 

(1) American Astronomical Society.

cieletespace_513_couv.jpgCiel & Espace, février 2013
En kiosque et téléchargeable en kiosque numérique : on peut commander la version papier ou télécharger la version numérique.

La version numérique est enrichie des liens vers les podcasts audio.

Ecoutez les podcasts sur l'Univers.


Découvrez Macrocosme

 

21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 06:00

20080701_AlainC_38.jpgC'est une image ancienne très connue, un dessin daté d’octobre 1858, où l’on voit dans le ciel de Paris, une grande comète déployée au-dessus de la cathédrale Notre-Dame. Le symbole est fort, puissant, puisqu’il lie explicitement le célèbre édifice religieux de la capitale au spectacle du passage d’un astre chevelu : la superbe comète Donati, dont les queues de gaz et de poussières s’étalent alors sur près de 60°. Après la grande comète de 1811, visible à l’œil nu pendant plusieurs mois, célèbre aussi pour avoir été associée aux grandes chaleurs et à la qualité des vins de l’année, Donati va marquer le XIXe siècle de son empreinte. Jusqu’à impressionner ce nouvel art qu’est la photographie.

Allons-nous assister cette année à un tel événement ? C’est la question qui se pose depuis septembre 2012, quand le Russe Artyom Novichonok et le Biélorusse Vitali Nevsky ont rapporté la découverte de la comète Ison, repérée au-delà de l’orbite de Jupiter. Acronyme d’International Scientific Optical Network, un réseau de télescopes automatiques, Ison, alias C/2012 S1, ne manque pas d’atouts.

C’est une comète “fraîche”, qui se serait décrochée du Nuage de Oort — ce lointain réservoir à boules de neige sale, grosses comme des montagnes — et qui regorge sûrement de glaces très volatiles qui n’ont jamais été exposées à la chaleur. Sa trajectoire la conduit aussi à passer très près du Soleil. À environ 2 millions de kilomètres. De quoi l’échauffer fortement et voir fondre ses couches superficielles dont le dégazage pourrait être spectaculaire. Enfin, et ce n’est pas le moindre des arguments, c’est dans le ciel de l’hémisphère Nord, fin novembre, début décembre, qu’elle pourrait être… visible en plein jour !

La “cométologie” n’est pas une science exacte et il va nous falloir être patients avant de savoir si les prévisions qui la donnent 100 fois plus brillante que Vénus, ou encore plus éclatante que la Pleine Lune, se réalisent. En effet, il existe un risque “non nul” qu’elle vole en éclats sous l’effet de fortes contraintes gravitationnelles, des semaines, voire des mois avant de frôler le Soleil. Le temps de se préparer, d’apprécier le suspense, et de s’exercer sur une autre comète attendue en mars, qui pourrait bien, elle aussi, se révéler spectaculaire. Le ciel peut encore nous surprendre et, nous l’espérons une fois encore, nous ravir !

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

 

cieletespace_512_couv.jpg


En kiosque le 22 décembre et téléchargeable en kiosque numérique : on peut commander la version papier ou télécharger la version numérique.

La version numérique est enrichie des liens vers les podcasts audio.

Ecoutez les podcasts sur l'Univers.

Découvrez Macrocosme

24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 07:54

20080701_AlainC_38.jpgPas de doute, le 21/12/2012 est, dans notre calendrier, la bonne date du solstice d’hiver ! Et gageons qu’au bout de cette journée particulière, l’échéance déclamée de la fin des temps aura été repoussée à une date ultérieure. Les astrologues de service, invités à “voir” les événements de 2013 sur les plateaux des télévisions complaisantes avec les “arts de la divination”,  pourront expliquer que les charlatans du catastrophisme sont de fieffés illettrés du zodiaque. Des incultes du tarot et de la boule de cristal, incapables de distinguer alignement et conjonction planétaire. Tous deux absents du ciel de Noël !

Fallait-il en rire ou en pleurer ? Ignorer cette formidable rumeur numérique mondialisée — sans doute la plus médiatisée de tous les temps — et feindre de ne pas entendre les tam-tams de la peur qui vont raisonner en rythmes lourds et hypnotisants ?

Non, et nous avons choisi de nous y intéresser comme à un exercice… de vulgarisation. Joyeux évidemment, mais juste et rationnel, comme doivent le rester la raison et la méthode scientifique face à l’obscurantisme et aux théories du complot. Vous trouverez donc dans ce numéro de Ciel & Espace l’essentiel des arguments astronomiques et géophysiques bouchant hermétiquement, une à une, les trompettes de l’Apocalypse. Un travail de Sisyphe, obligatoire.

Reste que ce lapin posé au 21/12 ne peut que nous interroger. Il convoque toutes les forces antiques — l’eau, l’air, la terre et le feu — pour nous détruire. Il utilise en diffusion tous les moyens de communication modernes mondialisés : les réseaux Internet, les constellations de satellites, de multiples portables. Paradoxalement, l’Homme y est aussi absent qu’impuissant. À aucun moment sa “science” ne l’aide à y échapper. Bref, c’est une fin du monde moderne dans la forme, archaïque sur le fond. Un scénario de jeu vidéo et de film catastrophe, naïf et primitif, qui se moque de toute connaissance et de toute vraisemblance, et s’alimente de peurs et de fantasmes.

Mais qui en est à l’origine ? Nous-mêmes, évidemment… Qui voyons grandir sous nos yeux la première fin du monde contributive. Alimentée à la vitesse de la lumière par les messages dématérialisés. Un ogre — vivant au fond d’une caverne — nourri par les ombres qui obscurcissent les visions du futur. C’est fascinant et effrayant à la fois. Comme une bouffée de vide, une dépense d’énergie, noire bien sûr, avant le retour à la lumière chaude des guirlandes de Noël.

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

cieletespace_511_couv.jpg
En kiosque et téléchargeable en kiosque numérique : on peut commander la version papier ou télécharger la version numérique.

La version numérique est enrichie des liens vers les podcasts audio.

Ecoutez les podcasts sur l'Univers.

 

Sur Ce Blog

  • : Le blog événements du magazine Ciel & Espace
  • : Le blog événements de Ciel & Espace propose toutes les informations relatives aux événements et manifestations organisées ou relayées par le magazine, particulièrement nombreuses à l'occasion de l'Année mondiale de l'astronomie. On y trouve aussi les nouveautés du magazine et les annonces des podcasts diffusés sur la webradio www.cieletespaceradio.fr ainsi que les bonnes adresses sur le sujet.
  • Contact

Ciel et Espace

 


Revue indépendante éditée par l'Association française d'astronomie, reconnue d'utilité publique


Version numérique
Le sommaire
Je m'abonne
Newsletter
Webradio
Qui sommes-nous ?
Nous contacter



Lire sur mobile ou sur iPhone

Recherche

Buzz buzz buzz

Rejoignez-nous sur facebook





Rubriques