Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 15:31

La qualité de la preuve

 

"Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait." Cette citation de Mark Twain, maintes fois reprise comme une ode à l’audace et à l’imagination, a trouvé récemment de nouveaux échos dans le débat science-société. C’est, en France, l’exemple du géochimiste Claude Allègre qui porte sur les plateaux télévisés les couleurs délavées des thèses des climato-sceptiques. Lesquels ont pour objectif de dédouaner notre mode de vie, avec une consommation effrénée d’énergies fossiles, de tout impact dommageable sur la planète. Ce sont les expérimentateurs malheureux de l’expérience Opéra, ces neutrinos perçus comme plus rapides que la lumière. Ou encore les promoteurs de la théorie Mond, laquelle propose une alternative à l’existence de la matière noire en modifiant, à grande distance, l’action de la loi de la gravitation de Newton. Sans oublier tous ceux qui affirment détrôner Einstein, jeter aux orties la théorie consensuelle du big bang, ainsi que les physiciens théoriciens dont les modèles d’Univers fonctionnent parfaitement… sur ordinateur. Copernic, Galilée, Wegener ou Einstein, avant eux, ne se sont-ils pas trouvés dans une position semblable : seuls contre tous ? En conflit avec tout le monde ?

La question mérite d’être posée : peut-on avoir raison seul contre tous ? Comme ce prix Nobel de chimie 2011, attribué à Daniel Shechtman, pour la découverte en 1982 des quasi-cristaux, et que ses collègues vont traiter méchamment pendant quelques années de “quasi-scientifique”… Comme le montre le dossier de ce numéro, le progrès des connaissances — particulièrement en astronomie — n’a jamais été une accumulation tranquille de vérités acceptées par tous. Un scientifique remarquait un jour qu’une théorie l’emportait souvent quand tous ses adversaires étaient morts ! De façon plus large, il convient sans doute de rappeler deux données incontestables : le fait d’être en désaccord avec tout le monde ne donne pas forcément raison ; et la science est une vérité provisoire.

Batailler pour défendre des idées fut le lot des génies comme des savants les plus marginaux. Mais cette confrontation ne se gagna jamais sur la place publique. La nature de la démarche scientifique impose d’apporter devant tous la qualité de la preuve ; même si la vérité d’aujourd’hui devient l’erreur de demain. Une maxime que Mark Twain aurait pu adopter ?

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

 

Génies solitaires, la fin du mythe.

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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 06:00

20080701_AlainC_38.jpg Peut-on s’habituer aux nouvelles extraordinaires ? Il semble que oui… La preuve, cette annonce de l’ESO (European Southern Observatory), datée du 28 mars : “Un nouveau résultat […] montre que les planètes un peu plus grosses que la Terre sont très communes dans la zone habitable autour d’étoiles rouges de faible luminosité. L’équipe internationale qui a conduit cette recherche estime qu’il y a des dizaines de milliards de planètes de ce type, rien que dans la Voie lactée, et probablement une centaine dans le voisinage immédiat du Soleil.” Il n’est pas besoin d’évoquer des temps historiques pour se souvenir qu’avant 1995 — donc avant-hier —, nous habitions la seule planète connue de l’Univers. Pis : peu d’astronomes pensaient qu’il en existait d’autres et, a fortiori, que l’on puisse les découvrir !

Dix-sept ans après la détection de la première exoplanète par les astronomes Mayor et Queloz à l’observatoire de Haute-Provence, près de huit cents détections ont été confirmées. Et le sondage réalisé dans l’environnement d’une centaine de naines rouges, par l’équipe de Xavier Bonfils utilisant le spectromètre Harps sur le télescope de 3,6 m de l’observatoire de La Silla, au Chili, ouvre la porte à la multitude. S’il est possible de parler de “milliards”, c’est parce que cette catégorie d’étoiles, petites, faibles et froides comparées au Soleil est aussi la plus commune. Elle représente 80 % de la population stellaire de notre galaxie, soit environ 160 milliards des petites étoiles de la Voie lactée…

Si les journaux du monde entier n’ont pas fait leur une de cette nouvelle (“Pas de crise du logement dans la Voie lactée”, s’amusait notre confrère Hervé Morin du Monde), c’est que cette multitude statistique éteint le caractère d’unicité de la découverte. Des planètes, il y en a partout ! Dont acte.

Ce qui importe maintenant, c’est d’aller plus loin. Ce qu’explique, dans l’interview donnée à Ciel & Espace, l’astronome opticien Antoine Labeyrie dont le projet d’hypertélescope spatial de 100 km permettrait d’observer des exo-Terre dans un rayon d’une dizaine d’années-lumière. Et ce, avec une résolution suffisante pour rechercher la présence de vie, sous forme de taches dont la couleur changerait au cours des saisons. Un potentiel et, qui sait, un futur “extraordinaire”, auquel nous n’imaginons pas encore être habitués…

 

Alain Cirou 

Directeur de la rédaction

 

 

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Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 15:17

Si l’origine de la Lune n’est pas bien comprise — et notre article consacré à l’énigme de l’eau vous en convaincra facilement —, il ne fait aucun doute, en revanche, qu’elle fut une  précieuse alliée pour le philosophe naturel de l’Antiquité et, aujourd’hui, pour l’homme de science, dans la découverte de son environnement spatio-temporel.

Le premier, soucieux de la représentation du monde, s’est vite rendu compte qu’elle sert souvent d’écran de projection à l’ombre de notre Terre. Et la mesure de sa distance comme la rondeur de l’obscurité l’ont alors aidé à préciser les dimensions de la planète. Le second, après avoir compris et mesuré l’influence gravitationnelle que le satellite exerce sur notre globe, a pu l’apprécier comme disque occulteur du Soleil, l’éclipse révélant alors l’environnement proche de notre étoile. Plus tard, en profitant du plus célèbre bras de fer de la guerre froide, l’aventure Apollo, il a pu entrer en possession d’archives vieilles de milliards d’années. Et ainsi “faire parler” ce proche témoin d’un temps où les bombardements météoritiques et cométaires intenses marquaient la face et transformaient l’environnement de la Terre primitive…

Son rôle aurait pu s’arrêter là — il est déjà énorme — sans l’idée géniale de l’équipe de Michael Sterzik, astronome à l’ESO au Chili, d’utiliser le Very Large Telescope pour analyser la lumière cendrée !

Chaque curieux du ciel connaît ces quelques jours, avant ou après la Nouvelle Lune, quand cette dernière est une virgule sur l’horizon, un très fin croissant, qui laisse voir le reste du disque, légèrement éclairé par la lumière… de la Terre. Cette lumière cendrée est notre reflet dans le miroir de la Lune. Mais elle peut aussi être vue “comme si” nous étions très loin d’ici — dans la situation d’astronomes extraterrestres, à plusieurs années-lumière de là — et que nous ne disposions que de très peu de lumière pour décrire la nature de la troisième planète du Système solaire découverte dans une zone d’habitabilité.

L’exercice est un formidable succès. Les biosignatures — les empreintes digitales de la vie — ont été vues dans cette lumière réfléchie de la Terre. Mais mieux encore, les astronomes ont pu en déduire qu’il y a une couverture de végétation, des océans et une atmosphère nuageuse. En montrant qu’il y a de la vie sur Terre, la Lune s’inscrit une nouvelle fois dans la modernité, celle de la recherche des mondes habités.

 

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

 

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Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 06:00

      Le mouvement, c’est de la vie ! Et pour mesurer ce changement, cette transformation, les physiciens disposent d’un outil universel : l’énergie ! Et le moins que l’on puisse dire est que notre équipe n’a pas manqué de ce “fluide vital” pour fabriquer le nouveau Ciel & Espace.

Il part d’un constat évident : à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, l’information circule et s’échange à la vitesse de la lumière. Et pour qui est équipé de ces nouveaux outils, fixes ou mobiles, il est souvent plus facile de suivre la progression d’un robot sur Mars que de disposer des comptes-rendus de la dernière séance du conseil municipal voisin… Chaque jour, une masse considérable de données circule sur la Toile, transformant radicalement notre relation à l’événement, notre rapport à l’espace et au temps. Mais il est un fait : le temps de la science n’est pas celui de ces médias de l’instantané. Et pour un magazine comme le nôtre, dont la vocation est d’informer sur la nature des découvertes astronomiques, il n’a jamais été aussi indispensable de vérifier la qualité de ces nouvelles, de les trier, leur donner un ordre, une hiérarchie, de les expliquer dans leur contexte, de les décoder et les commenter !

Notre site internet donne l’information immédiate. Nos podcasts, éléments numériques d’une encyclopédie audio, en dessinent l’environnement. Quant au magazine, sa rédaction s’attachera donc, chaque mois, à vous livrer les clés de l’actualité, un condensé d’événements choisis et analysés, ainsi que de nombreux sujets sélectionnés par ses journalistes pour leur capacité à éclairer, à donner du sens aux avancées des sciences de l’Univers.

De la même façon, et parce qu’il est indispensable que tout un chacun puisse pousser facilement les portes de ces domaines, la revue dans son ensemble est rendue plus claire, plus lisible et accessible à tous. Par l’intermédiaire d’une nouvelle maquette, de pages dédiées à la découverte des enjeux de l’astronomie, et à la pratique de l’observation ; par l’ajout d’encadrés, de schémas, l’invention d’une iconographie soucieuse d’expliquer, de décrypter, de… vulgariser !

Là est sans doute le pari le plus difficile à relever. Faire simple et juste est souvent extrêmement complexe. Et demande beaucoup d’énergie… D’où l’importance du changement. Bonne découverte !

 

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

 

CEE502_couverture.jpgNOUVELLE FORMULE

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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 10:30

Editorial

Le hasard nous ressemble*

 

20080701_AlainC_38.jpg Parfois le hasard est facétieux. C’est le cas pour cette mère de famille de Draveil, dans l’Essonne, au nom prédestiné, Martine Comette, chez qui fut découverte une météorite. Fichée dans le toit du pavillon qu’elle loue, cette “chondrite” d’une centaine de grammes, provenant de la Ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter, fut découverte par un ouvrier venu changer des tuiles cassées… Alain Carion, collectionneur et vendeur de pierres tombées du ciel, regrettera que la tuile n’ait pas été conservée pour enrichir la qualité des expositions.

Peut-être ce même hasard est-il adepte de l’humour à répétitions quand il fit choir récemment, dans une petite ville de Sibérie, un élément du lanceur russe Soyouz près d’une maison située “rue du Cosmonaute” !

Mais il n’est plus qu’un facteur déclenchant quand, au cours de l’été dernier, en plein cœur de la journée, il attire l’attention des nomades sahariens sous la forme d’une boule de feu qui traverse le ciel. Et là, “quelque part” entre l’Algérie et le Maroc, sont collectées des roches dont un autre chasseur et vendeur de météorites français, Luc Labenne, reconnaîtra comme du matériau en provenance de Mars.

Au moins — pour le plus important morceau dévoilé — 28,5 g de shergottite, typique d’une roche arrachée à la planète rouge par un impact puissant. Potentiellement, la découverte est importante. Il s’agit de météorites “fraîches”, non altérées par un long séjour sur Terre, des débris qui n’ont pas eu le temps d’être érodés par l’eau, le vent, le sable et la poussière.

Il suffit de se souvenir de l’annonce faite par la Nasa, durant l’été 1996, de la “découverte” de traces de vie fossile au cœur d’une météorite martienne tombée 13 000 ans auparavant, et de la polémique qui s’ensuivit, pour apprécier l’absence de contamination bactérienne liée à un long séjour sur notre planète.

Si la place du hasard s’est fortement réduite, c’est qu’au fil des ans une chaîne de collecteurs s’est mise en place. Professionnalisée. Les premiers ont appris à reconnaître une croûte de fusion — typique d’une rentrée atmosphérique — et ratissent le terrain. Les seconds récupèrent les matériaux suspects, cèdent une partie de leur moisson aux laboratoires professionnels, en contrepartie d’une authentification, et fournissent autant la recherche que le marché des collectionneurs. Chacun y trouve son compte.

De même, en matière d’astronomie, le rôle et la place des amateurs dans le processus de découverte ne doivent plus grand-chose à la chance et au hasard. L’exemple de Claudine Rinner, la première Française à découvrir une comète depuis près de quinze ans, est édifiant.

Son histoire, que vous découvrirez dans ce numéro, est autant celle d’une passion que d’une méthode de recherche systématique couronnée de succès. En pilotant depuis la banlieue de Mulhouse un télescope automatique installé au sommet d’une montagne de l’Atlas marocain, elle illustre à merveille l’opportunité saisie par certains “amateurs”, bénéficiant de la révolution des technologies optiques, logicielles et numériques, de réaliser un travail de chercheur. Pour le plaisir, évidemment, mais aussi pour laisser au hasard la part qui lui revient : là où nous ne sommes pas encore allés…

 

Alain Cirou

Directeur de la rédaction

 

* Georges Bernanos

  cieletespace_501_couv.jpg LA VERITE SUR LES JUMELLES DE LA TERRE


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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 11:37

Éditorial

 

On n’a pas tous les jours 500 ! C’est-à-dire un demi-millier d’éditions diffusées depuis la naissance, en novembre 1945, du premier Bulletin de la Société astronomique de Normandie. Une feuille ronéotée, signée Pierre Bourge, responsable régional de la Jeunesse astronomique de France à Paris…

Voilà pourquoi vous tenez entre les mains ce numéro exceptionnel, conçu par toute l’équipe de Ciel & Espace, pour fêter l’événement de ce compte rond. N’en déplaise aux responsables marketing — dont le métier n’existait pas à la naissance de notre publication —, le succès d’une revue n’est pas celui d’une recette éprouvée, mais le fruit d’une rencontre : celle d’un public et d’une rédaction. D’un besoin et d’une vision du monde qui lui correspond.

Sans doute faut-il rappeler ici que Ciel & Espace n’appartient ni à un homme, ni à une société commerciale, mais est éditée par l’Association française d’astronomie (AFA), une association à but non lucratif, dont l’un des objectifs est le partage des connaissances à travers la diffusion d’informations scientifiques au plus grand nombre.

Tout d’abord rédigée par des astronomes amateurs bénévoles, la publication a changé cinq fois de titre en 27 ans, avant de s’implanter en kiosques sous son nom actuel. Professionnalisée à partir de 1981, puis mensualisée en 1988, Ciel & Espace accompagne depuis lors tous ceux qui, de près ou de loin, s’intéressent aux événements célestes, aux sciences spatiales et aux grands mystères de l’Univers. Par leurs contributions, nos lecteurs — vous ! — grand public, curieux, amateurs d’astronomie,  astronomes amateurs et professionnels, ont souvent enrichi les contenus éditoriaux d’informations, d’images, de commentaires et de débats. Et placé notre magazine au premier rang des publications francophones en astronomie.

C’est pourquoi ce numéro spécial s’architecture autour de deux grandes thématiques : l’histoire, par l’entremise des liens qu’entretient notre publication avec ses lecteurs ; et l’avenir, par le prisme des défis auxquels les astronomes devront faire face, chacun dans sa discipline, au cours des années à venir. Vous découvrirez dans ces deux “espace-temps” de nombreuses signatures connues, des contributions amicales, originales, provocatrices parfois, composantes essentielles d’un spectre d’intérêts complet.

En 2012, et dans les années à venir, Ciel & Espace évoluera pour mieux répondre à vos demandes d’informations, d’explications et d’interactivité.

Si l’information peut circuler à la vitesse de la lumière et adopter facilement le canal du numérique, le temps long de la vérification, de l’explication, du commentaire et de l’analyse, suppose, lui, le maintien de compétences journalistiques et de supports adaptés. Cette conviction est aussi la feuille de route des numéros à venir, la rencontre que nous souhaitons renouveler chaque mois avec vous. Au nom des équipes de Ciel & Espace et de l’AFA, excellente année à toutes et à tous !

 

Par Alain Cirou

directeur de la rédaction de Ciel & Espace

 

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